[Voyage] Wwoofing au Brésil ♁

Il y a trois ans, j’ai passé deux semaines dans la ‘Fazenda da Arca de Noé’, dans le nord de l’Etat de Rio, à une trentaine de kilomètres de la ville de Teresopolis. Dans les montagnes et la jungle tropicale. Une expérience rendue possible par l’association Wwoofing, qui met en relation des voyageurs avec des petites fermes biologiques : quelques heures de travail quotidien contre la pension complète. Offrant ainsi la possibilité de vivre des expériences dingues et de rencontrer des gens engagés heureux de partager leurs savoirs-faire.

Le grand départ

Trois jours avant le départ, je n’étais pas encore sûre de ce que j’allais faire de mes deux premières semaines au Brésil. Une ferme me demandait 30R$ par jour et l’autre ne me donnait plus de nouvelle. J’étais à deux doigts de prendre la direction de Paraty et Ilhe Grande mais j’étais déçue de ne faire que du tourisme.
Finalement, Valentine me répond le lendemain. Je suis la bienvenue. Me voilà donc fixée sur mon sort pour les deux prochaines semaines. Amusée et excitée à l’idée de suivre ses indications précises venant du bout du monde :

« A la rodovaria Novo Rio tu prends le bus pour Alem Paraiba qui passe par Térésopolis et la route Br116 et surtout pas par Petropolis. C’est deux heures et demi de route environ. Tu dois dire au chauffeur de bus de s’arrêter au km 34, après Térésopolis, 34km avant Alem paraiba. Il faudra que tu montes tes bagages dans le bus et pas dans la soute ils ne l’ouvrent pas en dehors des terminaux. Il vaut mieux s’asseoir du côté droit du bus pour pouvoir suivre les bornes si jamais le chauffeur oublie de s’arrêter. Tu achètes un ticket pour Alem Paraiba même si tu descends bien avant. C’est environ R$40.
Tu verras un pont qui passe sur le Rio São Francisco juste après le km 34, et une entrée à droite juste après le pont. C’est là. Pour arriver à notre maison il faut marcher 500m, ça monte, ça sera sur la droite tout en haut avant de redescendre, il y a un portail en bois. Il y en a un à gauche d’abord, c’est pas celui-là ! Le chemin n’est pas éclairé, donc vaut mieux arriver de jour ou prévoir ta lampe de poche ;). »

Mes parents ne sont pas tranquilles. Ma soeur non plus. Ma mère trouve plein de trucs flippants sur la gare, me dégote des horaires de bus et me traduit en portugais tout ce que je pourrais potentiellement avoir à dire pour rester saine et sauve. Je lui promets de ne pas mettre le nez dehors en attendant mon bus. Moi, j’étais plutôt sereine ayant pris un vol qui arrive tôt le matin à Rio. J’ai la journée devant moi, je ne devrais pas arriver à la ferme de nuit, ma seule vraie crainte.

Finalement, aucun départ pour Alem Paraiba via Térésopolis avant 16h30. Il est 9h. 7h30 d’attente et une arrivée très probable à la nuit tombée. C’est pas grave, je prends mon mal en patience. On va pas commencer à s’énerver.

La route est magnifique. Après avoir quitté Rio dont je n’ai aperçu que les alentours, on est vite dans la montagne, l’orage menace, mais le paysage est à couper le souffle. La végétation est dingue. Finalement, j’arrive au moment du coucher du soleil, quelques gouttes tombent mais je ne trouve pas la ferme. Ou plutôt la ferme que je trouve est déserte. Seul un chien pas farouche me regarde ébahit, crier « Valentiiiiiine !!!! Victoooooor !!! » en vain. Je commence à flipper (dois-je préciser que le téléphone ne passe pas ?), la nuit tombe. Un vieux monsieur arrive et semble très inquiet pour moi. Il habite ici depuis peu et ne connait pas mes hôtes, mais me propose de dormir chez lui et de continuer les recherches demain. Je ne comprends rien à son brésilien, il parle 100 fois trop vite, mais j’arrive à saisir qu’il adore les étrangers et fera tout pour m’aider. Mais moi je ne veux pas dormir chez lui ! Je veux trouver ma ferme ! On marche ensemble quelques minutes, je ne sais plus si je dois m’enfoncer dans la forêt ou revenir vers la route, la panique montait presque quand soudain, une voiture débarque de nulle part. Je les arrête. Ils sortent juste de chez Valentine et Victor, qui sont bien à la ferme. Qui est à quelques centaines de mètres seulement. Oh quel soulagement, je marche de ma foulée la plus vive, mon nouvel ami me suit et nous arrivons ensemble, une fois la nuit bien noire, à 20h pile. Je suis accueillie par des « abraços » joyeux. On se dira bonjour ainsi chaque matin .

Um abraço : le coeur qui s’exprime avec le corps

Moi qui ne suis pas toujours à l’aise avec le contact physique, j’aime « l’abraço ». Parce qu’il est sincère et plein de tendresse, c’est à chaque fois comme du réconfort. Toute la sensibilité des brésiliens se retrouve dans leur « abraço ».

Au-delà de« l’abraço », leurs habitudes et mode de vie me touchent. Ils vivent en harmonie fusionnelle avec la nature. Une vie modeste, humble, spirituelle et heureuse. Ils ont chacun leurs petits bonheurs (et manies) quotidiens. Victor aime s’occuper de ses poules et aiguiser ses outils : il va jusqu’à aiguiser nos couteaux suisses. Hugo cuisine toujours en chantant. Silvana médite plusieurs fois par jour.

La cuisine, les araignées & le colibri

Ce que j’aime tant à la ferme, c’est la cuisine. Qui est prise très au sérieux. Chaque repas est copieux et savoureux. J’en préparerai un certain nombre avec grand plaisir. Des repas à base de légumineuses, légumes de la ferme, fromage frais et pain maison.

Je découvre les crêpes de tapioca lors des petits déjeuners magistraux, accompagnées de mélasse, de jus de mangues fraîches, de bananes et autres merveilles de l’agro-forêt.

Dans notre cuisine, une dizaine d’araignées avaient élu domicile, leurs fils accrochés à la charpente, suspendues au-dessus de nos têtes. Imposantes, elles vivaient là et fort heureusement, ne tombaient pas.

Un soir, une mygale est venue se loger derrière le volet de la fenêtre du salon, juste au-dessus du banc où nous avions l’habitude de nous assoir pour boire et discuter sur la terrasse. Victor l’a attrapée prudemment et en douceur pour la mettre dans le jardin, elle est revenue en courant se cacher sous le banc. J’ai fait une sorte de crise d’euphorie, un mélange entre la peur et l’excitation d’avoir croisé une mygale. Valentine nous a dit qu’en quatre ans à la ferme, c’était seulement la troisième qu’elle voyait… Une fois c’était dans la douche.

Eh non, ce n’est pas ma main, je prends la photo :-p

Au même endroit, chaque jour, au-dessus du hamac, un colibri noir venait butiner sur le toit à l’heure de la sieste.

La récolte de la canne à sucre

Je crois que de toutes les activités, c’est celle-ci que j’ai le plus adoré. Cet après-midi là nous sommes partis à cinq, Hugo, Silvana, Lisa, Margo et moi dans le champs à côté de la ferme pour récolter une parcelle et continuer la production de mélasse.
Mon rôle était de coupé en trois morceaux égaux chaque tige de canne à sucre qu’Hugo, Silvana et Lisa taillaient. Mon outils ? La machette. J’adore la machette. C’est un instrument léger qui se tient très facilement et avec lequel, quand on réussit à être à la fois puissant et précis, on peut couper des végétaux épais d’un seul coup sec. C’est une sensation que j’ai adoré. Lever le bras de tout son long, diriger la machette en diagonale en tournant légèrement le poignet, et couper d’un coup vif et sec la canne à sucre. Puis vérifier qu’il n’y a pas de verre (caractérisé par une trace rouge dans la chair blanche) et les disposer à la sortie du champs.

Nous avons finis à la tombée de la nuit, quand il commençait tout juste à pleuvoir. Une de mes après-midi favorites.

Suco Verde & chantier participatif

Elle a mis plus d’une heure et demie à préparer le « suco verde » pour tout le monde. Nous étions une vingtaine. C’est un grand jour, un beau dimanche : un chantier participatif va avoir lieu dans l’agro-forêt, du côté de la bananeraie.

Ce suco est un mélange de toutes sortes de feuilles : des aromates, des feuilles de fleurs et de plantes. Elle y ajoute des pommes pour sucrer son goût et nous le sert dans un moment de communion avec la Nature. Nous nous mettons en ronde en nous tenant la main. Une fille, un garçon, une fille, un garçon… Et nous nous lançons dans un chant à voix basse pour remercier la Nature de ses offrandes. Pour ensuite boire en silence, comme hypnotiser par le moment présent. La journée commençait bien.

Nous sommes tous partis en silence vers la bananeraie ou un sacré chantier nous attendait. La matinée fut dure, il faisait une chaleur écrasante. Je me suis d’abord occupée de passer derrière le premier désherbage – les petites herbes et arbustes – mais ma scie était si pourrie que je me fatiguais vite. Gustavo échange ma scie avec sa fourche, ce qui me facilite la tâche. Mais il fait de plus en plus chaud.

La pause déjeuner n’est pas volée. Nous déjeunons un peu à l’arrache – je mange dans un moule à cake rond (avec un trou au centre) – puis m’endort lourdement quelques minutes au milieu de tous avant de repartir. Le temps se gâte. C’est sous un énorme orage qu’on finit la parcelle. Une fois passée la sensation désagréable d’être mouillée, l’expérience de désherber sous une pluie torrentielle est géniale. Je reste jusqu’à la tombée de la nuit avec les quelqu’uns les plus résistants.

Le soir, nos hôtes et leurs amis se mettent à faire de la musique, tout le monde chante, danse. On dirait que tous les brésiliens savent jouer d’un instrument, danser ou chanter. Ca fait parti de leur identité, ça conditionne leur rapport aux autres, et c’est ce qui les rend si attachants, vivants, souriants. C’était une journée parfaite comme celles dont on ne peut rien prédire, celles où on se laisse porter, celles où on se sent si bien après avoir travailler la terre.

La construction du poulailler

Moi qui voulais faire un maximum de maraîchage, j’ai passé beaucoup de temps à construire le poulailler, et c’était chouette. Fabriquer la terre fut une de mes activités préférées.
Au sol, sur une bâche, on mélangeait de l’argile rouge avec des feuilles de bambou sèches et de l’eau. On marchait ensuite dessus avec nos pieds nus pour harmoniser le mélange. Il fallait qu’il soit ni trop sec ni trop humide, de façon à fixer au mur avant de durcir en séchant.
Le travail était physique et fastidieux, mais pas désagréable. On voit les avancées et c’est gratifiant. On rentrait toujours à la nuit tombée, traversant les parcelles nus pieds, pressés de se doucher et de se réchauffer. Et de manger 😉

« Vamos ! »

Cette phrase somme toute banale n’a en fait pas du tout le même sens que notre « On y va ! ». Les premières fois que je l’ai entendue, je me suis dépêchée de me préparer pour foncer dans la voiture ou sur la terrasse. Et je me retrouvais à attendre souvent plus d’une demie heure.
Un jour, nous étions tous les français et Margo la hollandaise installés à l’arrière de la voiture à constater qu’on n’avait ni vu ni entendu Victor depuis une vingtaine de minutes. Après le fameux « Vamos ! » il était en fait parti vaquer à d’autre occupations.

Dernier jour à la ferme

Nous mettons, Liza, Margo et moi notre réveil à 5h30 pour assister au lever du soleil depuis notre spot chéri qui domine les montagnes alentours. Lisa pense à tout, elle prend un tapis de sol et prépare le thé. Nous partons équipées de nos lampes torches et appareils photos dans le noir complet. Nous ne raterons rien de cette nouvelle et dernière journée à la ferme.

Installées sur notre tapis, on attend le spectacle dans le silence assourdissant et profond de la nuit. On assiste au réveil de la Nature : les coqs se disent bonjour aux quatres coins de la montagne, les oiseaux se mettent à chanter doucement, le ciel s’éclaircit petit à petit, il rosit et laisse apparaître ce paysage si somptueux que nous aimons tant.
En buvant notre thé, on prend quelques photos. J’essaie de graver à jamais le spectacle dans ma mémoire. Un sentiment de gratitude m’envahit comme cela est arrivé souvent pendant ce séjour à la ferme. C’est un moment de grâce qu’on a volé à notre routine.

Nous repartons nous coucher après une heure de spectacle dans un silence méditatif. C’est un petit déjeuner de rêve qui suivra. Avec les fameuses crêpes de tapioca.

Finalement, avant d’aller chez Hugo, on travaillera un peu : lavage de ma bassine en cuir à mélasse avec laquelle j’ai développé une relation quasi sensuelle (son toucher me ravissait et j’adorais m’adonner à son lavage, ce qui faisait beaucoup rire Victor).

Départ (laborieux) pour déjeuner chez Hugo. On arrive une fois que tout le monde à manger. Nous grignoterons les restes, et nous lancerons avec Margot dans la confection de mon fameux citrouillat que nous mettrons deux heures à cuisinier et qu’ils mettront deux minutes à engloutir.

Ce dimanche j’ai observé comment nos hôtes passent du temps avec leurs amis. Plusieurs groupes se forment, certains dorment allongés au milieu du sol, pendant que d’autres discutent ou bouquinent. Ils ont presque l’air de s’ennuyer parfois. Mais ce calme et cette sérénité hors du temps ne sont pas désagréables.

On finit par partir au carnaval dans un petit village à quelques kilomètres car les chutes où nous voulions nous baigner sont en fait à sec (je suis déçue). Je n’ai pas très envie d’aller au carnaval. Je fais ma snobe qui ne s’intéresse pas à cette tradition mais je vais être bousculer dans mes certitudes. Et tant mieux !
Les gens sont tellement adorables, ils viennent spontanément vers nous et je commence à apprécier. La bière m’aide-t-elle ?

Vient l’heure du fameux défilé. Nous sommes (c’est un hasard) aux premières loges. Les premiers tambours raisonnent. Je suis immédiatement en transe. Je suis embarquée par les vibrations, les sons, les gens. On suit le défilé dans une ambiance électrique, la foule est à la fois hystérique et en communion avec la musique. Je suis dans le même état. Je manque de me péter la tronche une quinzaine de fois sur les pavés en Havaianas. Je dégouline de sueur, je suis transportée.

Il n’y avait pas de meilleure manière de conclure un tel voyage.

☆☆☆☆

La page Facebook de la ‘Fazenda da Arca de Noé’
Le site Internet de l’association Wwoofing International

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3 commentaires

  1. Génial cet article ! Non seulement ça donne envie de voyager, de voyager comme ça, mais c’est beau, personnel et très dépaysant… Bon, moi la mygale par contre, ça me bloque direct. Mais alors vraiment !!! J’adorerais voir ce pays, cette forêt, mais je ne peux pas lutter contre ma peur viscérale de l’araignée. La dernière que j’ai croisée ne faisait que 3 cm de large (pattes comprises) et j’étais au bord de l’évanouissement. Donc, nada ! Mais je suis super contente que tu m’aies fait découvrir le concept du Whoofing, Merci !

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