Dans mon bocal

Mes menstrues & les tabous autour

Je vous avais déjà parlé de mes chères menstrues il y a quelques temps, pour vous conter mon expérience de la cup et des solutions lavables que je venais d’adopter.
Aujourd’hui, j’ai envie d’aborder la question sous un angle plus large : celui du tabou.

Copyright : The Vulva Gallery

Parce que passer aux solutions durables m’a permis de (re)questionner mon rapport avec mon intimité, mon vagin et mon sang. Et de questionner aussi celui de mon entourage proche, avec qui il m’arrive de partager l’intimité et le quotidien de mes règles, bien différent de l’époque où la poubelle servait de « cache-misère » et évitait toute confrontation avec la réalité.

Et puis aussi parce que les tabous c’est relou – et comme on va le voir ça permet aux industriels d’aller très loin – et qu’il faut en venir à bout. La parole libère.

Des règles 0 déchet : pour ma santé et celle de la planète
Copyright : Louison

La première raison qui m’a poussée à me lancer dans l’aventure des protections périodiques lavables et réutilisables était évidemment de réduire mes déchets. C’est d’ailleurs une des premières choses que j’ai mis en place dans ma transition. Et une des plus visibles. La poubelle de la salle de bain diminue drastiquement et immédiatement. Logique quand on sait les quantités de produits emballés utilisés quelques jours voire une semaine chaque mois !

Ca tombait plus ou moins au même moment que le scandale autour du SCT (syndrome du choc toxique) : ce qui me conforta dans mon choix puisque je préservais aussi ma santé.

Je n’étais pas au bout de mes peines puisque j’ai appris, grâce à l’excellent documentaire « Tampon, notre ennemi intime », la vérité sur la composition des tampons (et autres solutions jetables) et le risque cancérigène avéré de certains de leurs composants.

Cellulose (produit chimique), dioxine de chlore (cancérigène reconnu), glyphosate (ça vous dit surement quelque chose, on le trouve dans le round-up !!) et bien d’autres produits toxiques trop nombreux pour être tous identifiés se trouvent dans les tampons que nous, adolescentes et femmes, achetons en grande surface, sans nous douter de quoi que ce soit. Nous sommes donc exposées à des risques de choc toxique et de cancer sans en être informées !

Car non, communiquer sur la composition des protections périodiques n’est pas obligatoire : c’est la liberté absolue pour les industriels sur un marché qui pèse des milliards. Même l’Europe fait l’autruche sur ces questions et leur laisse le champ libre.

Le tabou : le socle stratégique des industriels

Comment cela est-il possible ? Pourquoi ne nous inquiétons-nous pas de la composition de tels produits, pourtant en contact direct avec une zone si intime, si fragile et si précieuse de notre anatomie ?
Chris Borel, enseignante sur les ‘études de la condition féminine’ à l’Université de Boston a la réponse à cette question:  la stigmatisation.

Quel est le carcan de la féminité ? C’est de savoir se contenir, être disciplinée, sous contrôle (aussi bien de nos cheveux, que de notre pilosité, et même de l’espace que nous prenons – en croisant nos jambes pour se faire petites -).

La stigmatisation revient donc à dire qu’une femme est sale quand elle a ses règles. Ainsi le tampon permet de se plier aux normes de la féminité en s’affichant propre et saine. Par conséquent, le tampon est la meilleure protection puisqu’il cache le sang, même auprès des femmes elles-même.

Aussi triste et étonnant que cela puisse paraître, rendre les règles tabous facilitent donc le travail aux industriels qui vendent des produits sans aucune transparence sur leur composition, en comptant sur la complicité implicite des consommatrices. Trop obsédées par le fait de cacher leurs règles, elles sont moins vigilantes sur les questions concernant leur propre santé.

Les solutions 0 déchet : pour une relation plus libre avec son corps

Arrêter les tampons et autres protège-slips à usage unique m’a permis de prendre conscience du tabou que j’entretenais avec mes propres règles. Je ne les voyais pas et ne voulais pas les voir. Et c’est vrai, je ne m’étais jamais posé la question de la composition de ces protections intimes, alors même que je décortiquais de plus en plus les étiquettes de mes produits cosmétiques ou alimentaires. Cela venait-il du tabou autour ? Surement.

« Grand bien vous fasse » a récemment dédiée une émission à cette question : « Les règles, dernier tabou ».  Une des intervenantes y compare le tampon au sachet de coke. Celui qu’on cache dans le fond de son sac et qu’on se passe le plus discrètement possible, à l’abris des regards. Il ne faut pas qu’il soit vu. On cache ses règles comme si c’était une honte, voire criminel !

Aujourd’hui, je regarde mon sang dans les yeux et je prends davantage conscience de mes humeurs et de mon énergie en fonction de là où je me situe dans mon cycle. J’apprends à me connaître en quelque sorte.

LES SOLUTIONS 0 DÉCHET : pour plus de confort et moins de gêne

Quand la chouette marque française de protections périodiques lavables « Dans Ma Culotte » m’a proposée de tester un de leur produit, j’ai osé choisir la serviette de jour.

Je dis ‘oser’ car il y a encore quelques temps, je n’aurais jamais porté une serviette autrement que de nuit (et encore). Connotée comme sale, odorante et pas sexy, je n’assumais pas l’idée d’en porter moi-même (alors qu’à l’époque où je portais encore des tampons, cela aurait été un vrai confort, surtout en début et fin de cycle où ils étaient douloureux pour moi).

Comme quoi la stigmatisation peut nous pousser à nous imposer de l’inconfort, voire des douleurs, seulement pour être comme la société l’attend de nous. What he fuck ?

Ce que je peux vous dire, c’est que je ne regrette pas, bien au contraire. Super fine, sa taille est idéale et épouse parfaitement la forme de tous mes slips. Je me sens comme dans une seconde peau, sensation plus que géniale quand nos règles nous font souffrir. J’aurais même envie de l’échanger contre les protège-slips qui eux peuvent parfois bouger et gêner, surtout quand je les porte dans des culottes moins près du corps que d’autres.

Désormais, quand j’ai la flemme de mettre ma cup et que je ne suis pas au moment où mon flux est le plus soutenu, j’arbore ma serviette de jour sans aucune appréhension et sans complexe. #victoire

J’ai mes règles, et alors ?!
Source : Vagin connaisseur

On pourrait avoir tendance à vouloir continuer de cacher nos chères menstrues, mais il faut bien l’avouer, ça devient compliquer avec le zéro déchet.
En toute logique, laver mes serviettes et protège-slips les rend plus visibles auprès de mon entourage. Que je les fasse tremper dans une bassine ou sécher sur le tancarville.

Ce que finalement j’assume paisiblement en faisant passer le message simple que ça fait parti de la vie. Et même si parfois je vois que ça perturbe et qu’on me titille (coucou papa !), je pense que c’est important de désanctuariser la chose.

Aujourd’hui, j’assume mes règles* et il y a même une partie de moi qui aime le faire savoir 😉

Même Garance Doré en parle. Elle aussi ! Je trouve ça génial !

Dernièrement, j’ose même laisser ma cup (propre évidemment !) sur le rebord de la baignoire. Et je n’ai eu aucune réflexion. Peut-être qu’elle fait désormais partie du quotidien au même titre que la brosse à dents ?

Et vous alors ? ?
Les protections lavables ont-elles participé à lever les tabous avec vous même ? A la maison ? Votre regard sur vos menstrues a-t-il changé ?

| Pour aller plus loin |

- "Passion Menstrues", le blog des règles et de notre intimité.
- "Les règles, dernier tabou" , émission de France Inter 
avec la rédactrice du blog 'Passion Menstrues',Jack Parker, 
qui sort prochainement un livre sur le sujet : "Le grand
mystère des règles".
- "Tampon, notre ennemi intime" documentaire France 5.
- "Vagin connaisseur", info pertinente autour de la vulve.
- "The Vulva Gallery", célébration de la diversité des vulves.

* Je ne pouvais pas ne pas vous partager ce clip « I got that flow » qui nous vient d’Australie et qui entre dans le vif du sujet, non sans humour ! De bon matin elle m’a mis en joie. Attention, ça reste dans la tête ! Soyons fières de nos règles, à l’origine de l’humanité 😉

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6 thoughts on “Mes menstrues & les tabous autour”

  1. Comme il fait du bien ton article.
    J’ai été choquée des découvertes de l’émission sur le tampon.
    Merci beaucoup pour ton partage d’expérience, j’ai jeté tous mes tampons, ai informé ma fille sur le sujet (elle a 9 ans), je communique l’info au maximum, alors je vais partager ton article dans les réseaux sociaux.
    🙂

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  2. Depuis 4 ans je suis passée à l’éponge naturelle ! A raison d’une éponge tous les deux ans….zéro déchet ou presque, naturel et confortable, on la sort on la rince, on l’essort et c’est reparti.

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